Démarche / Mein Herangehen ans Malen / My Approach



             


DEMARCHE

Qu'est-ce que la peinture pour moi ?

En premier, pourquoi je peins.
Sans doute, parce que je me connais, en peignant et aussi les autres. C'est une affaire de conscience au fond.
L'esthétique, cela ne dure pas.
L'art, c'est autre chose : « D'où venons-nous ? Que sommes-nous ? Où allons-nous ? » (1)
La racine ART, on la retrouve dans artisan : une notion de travail, de transformation mais aussi dans articulation, c'est déjà une idée de liaison entre deux parties : le visible et l'invisible ; comme un symbole dont les deux moitiés se complètent.
« Une grande peinture, ( j'ajoute prudemment : en supposant qu'elle en fût une ! ), c'est la saisie, par des moyens qui lui sont propres, de quelque chose qui n'est pas réductible à ce qui est montré. » (2)

Rendre visible l'invisible.

Qui en parle mieux que Picasso découvrant les masques africains au musée du Trocadéro ; saisi par leur force, il s'exprime : « Et alors j'ai compris que c'était le sens même de la peinture. Ce n'est pas un processus esthétique ; c'est une forme de magie qui s'interpose entre l'univers hostile et nous, une façon de saisir le pouvoir, en imposant une forme à nos terreurs comme à nos désirs. Le jour où je compris cela, je sus que j'avais trouvé mon chemin. » (3)
Donc pour moi, un besoin se manifeste :
   . un rêve surgi du sommeil, lui donner forme ;
   . saisir ce qui me traverse l'esprit ;
   . mais aussi une lumière dans les arbres
   . et surtout l'ombre des choses. Bref, toute la vie.
Un récit de la culture indienne montre le Grand Dieu désirant communiquer le secret des mystères de la vie. Afin de réaliser son dessein, il ne convoque pas directement l'ensemble des hommes mais enseigne son message au poisson, à la grenouille, à l'oiseau ainsi qu'à d'autres animaux. Ceux-ci devront à leur tour transmettre le secret aux hommes. C'est pourquoi on trouve des plantes, des animaux dans mes peintures ; ils expriment aussi l'invisible. Tout cela libère la fraîcheur des contenus inconscients.

Comment je peins :

Ce qui précède veut dire aussi que la sagesse ou le message attend, enseveli au fond du corps et le démarrage demande souvent à passer par une action physique.
Donc, pour moi, il doit y avoir une importance du geste dans la peinture ( pas gestuelle ) mais, petits gribouillis ou ampleur de la forme, le mouvement rapide de la brosse qui balaye, cela est présent.
Henri Michaux le dit avec tant de profondeur : « Dessinez sans intention particulière, griffonnez machinalement, il apparaît presque toujours sur le papier des visages ... dès que je prends un crayon, un pinceau, il m'en vient sur le papier l'un après l'autre dix, quinze, vingt. Et sauvages la plupart ... Du pinceau et tant bien que mal, en taches noires, voilà qu'ils s'écoulent : ils se libèrent. On est surpris, les premières fois.
Faces de perdus, de criminels parfois, ni connues ni absolument étrangères non plus ... Visages des personnalités sacrifiées, des « moi » que la vie, la volonté, l'ambition, le goût de la rectitude et de la cohérence étouffa, tua ... » (4)

Le tableau est donc aussi une aventure corporelle.

J'utilise tous les matériaux de mon époque comme un grand bricolage : toile, sacs, bois contreplaqué ou aggloméré, acier en plaque, zinc, papiers collés, pierres, pigments, enduits, peinture acrylique, encres ...
Notre temps nous offre tant de moyens accessibles.

Bref, voilà quelques éléments de ma démarche, quelques clés.
Mais l'artiste ne doit pas donner seul sens à l'oeuvre, beaucoup de malentendus doivent aussi exister.
Devant un tableau : s'interroger sur ce quelque chose qui nous dépasse.
D'ailleurs, une exposition je la conçois comme cela : d'abord en rapport avec le lieu et un peu comme une histoire que l'on raconte, avec ses mystères, où de petits textes poétiques accompagneraient les tableaux comme autant de clés
.

Conscient    Inconscient
EspritMatière
LumièreMatière

Quelle est la réalité ?

La lumière qui anime - couleurs, contours ; mais cette matière opaque, forme massive.
La matière est-elle cet objet dur et palpable où joue la lumière, l'énergie ou cette forme, juste une forme plate comme une tache d'encre neutre, comme en prenant un microscope, juste quelques grains denses, et le vide.
La vie est paradoxe
La vie est contradiction

La vie en noir
La vie en blanc
La vie en noir et blanc
La vie en couleur
Comme deux électrodes, deux potentiels d'où jaillirait
L'Être, toujours sur la ligne de crête. On ne peut en faire l'économie.

En conclusion, un amérindien disait : « Tout est cercle, pour nous. Ce que l'Univers crée se fait en cercle. Pour l'homme blanc, tout est carré. »
Alors en peignant, je travaille l'équilibre. J'essaye de faire entrer un peu de cercle dans un rectangle.

Notes :
(1) - Titre du tableau, le plus grand sans doute par le format, peint par Gauguin en 1897 et qui est une sorte de testament pictural.
(2) - Extrait de Alain BADIOU « Eloge de l'amour. (Amour et Art) » Flammarion 2009.
(3) - Extraits de PICASSO : « Propos sur l'art. » Gallimard 1998.
(4) - Extraits de Henri MICHAUX : « PASSAGES - En pensant au phénomène de la peinture - La volonté, mort de l'art. » Gallimard 1998.



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Mein Herangehen ans Malen






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MY APPROACH

What is painting for me ?

First, why do I paint ?
Without a doubt, it's because I discover myself, as well as others, through painting. It's a matter of profound awareness. The aesthetic doesn't last.
Art is something else: "Where do we come from ?" "What are we ?" "Where are we going ?"
We find the root art- in the word artisan, a notion of work and transformation, and also in articulation, a joint or link between two parts : the visible and the invisible ; a symbol in which two halves complement each other.


Making visible the invisible.

No one has said it better than Picasso while discovering the African masks at Trocadéro. Seized by their force, he proclaims, "At that moment I realized that this was what painting was all about. Painting isn't an aesthetic operation; it's a form of magic designed as a mediator between this strange hostile world and us, a way of seizing the power by giving form to our terrors as well as our desires. When I came to that realization, I knew I had found my way."
So for me, a need comes into being:
   . A dream arises from sleep, I give it form;
   . Grasp what crosses my mind;
   . But also, a light in the trees
   . And above all, the shadow of things.
   . In short, life itself.

A story in Indian culture tells of the Great God wishing to pass on the secret of the mysteries of life. In order to carry out his plan, he does not directly call together the entirety of man, but instead passes his message on to a fish, a frog, a bird, and other animals who must then relay the secret to man. This is why we find plants and animals in my paintings; they also express the invisible. They expose a new level of understanding.


How I paint

The aforesaid also means that the wisdom or the message waits, shroud in the depths of the body, and any event of resurgence often calls for physical action.

For me, gestures are of great importance in painting (not gestural). In the small scribbles, the amplitude of the shapes, and the quick sweeping movements of the brush, they are present.

Henri Michaux said it with such profundity: "Draw without any particular intention, scribble mechanically, faces nearly always appear on the paper. As soon as I pick up a pencil or paintbrush, ten, fifteen, twenty of them surge up to me on the paper one after the other. And most of them wild... somehow flowing from the brush in black blotches : they are breaking free. You are surprised the first few times. Lost, sometimes criminal, faces. Unfamiliar, yet not absolutely unknown to you. Faces of sacrificed personalities, "me" stifled, killed, by life, willpower, ambition, by a propensity for rectitude and consistency."


Painting is also a bodily experience.

I use all modern materials like a true craftsman : canvas, bags, plywood or chipboard, steel slab, zinc, glued papers, stones, pigments, plaster, acrylic paint, ink...

Our time offers us so many possible means.

In short, here are a few key elements of my approach. The artist must not only give meaning to the work, but many other misunderstandings must also exist.

In front of a painting : question oneself about something that transcends us.

Moreover, I design an exhibition like this : first, in relation with the setting and a little like a story that we tell, with its mysteries, where small poetical texts would accompany the works, serving as a key.

Conscious    Unconscious
MindMaterial
LightMaterial

What is reality ?

Light that animates - colors, contours ; but this opaque material, a massive form.
Is the material a hard and palpable object where light and energy play ? Or rather a flat shape like a spot of neutral ink which, observed through a microscope, is merely a few dense grains and emptiness ?
Life is a paradox
Life is contradiction

Life in black
Life in white
Life in black and white
Life in color
Like two electrodes flowing
Existence is always teetering on the edge. We can never compromise.

In conclusion, a Native American once said, "Everything is a circle, for us. Everything the Power of the World does is done in a circle. For the white man, everything is square."
Through painting, I work the balance. I try to make a circle fit into a rectangle.



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© ph. Barbe, 2009-2010